Qu’est-ce que la mode végane et est-elle plus écologique ?

21 janvier 2015 Publié par Emilie
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Le véganisme ne concerne pas seulement le domaine de l’habillement. C’est plus largement, un mode de vie fondé sur le refus de l’exploitation des animaux et notamment de la cruauté envers ceux-ci. Ainsi, en plus de l’adoption d’un régime alimentaire végétalien, le végane – celui qui a opté pour le véganisme – rejette la consommation de tout produit issu des animaux, de leur exploitation ou testé sur eux. Le véganisme est donc attaché, en définitive, à des choix moraux voir politiques, comme ceux du mouvement des droits des animaux par exemple.

Il existe de nombreuses marques de vêtements dites véganes. Excluant tout produit d’origine animale, elles n’utilisent pas de cuir, de fourrure, de laine et de soie. Dès lors, que l’on adhère ou non à cette doctrine, force est de constater qu’elle permet, dans l’industrie textile, une production plus écologique que la production traditionnelle.

De nombreux rapports des acteurs de la protection de l’environnement affirment que l’élevage est l’une des causes principales des problèmes environnementaux les plus pressants comme le réchauffement de la planète, la dégradation des sols, la pollution de l’atmosphère et des eaux et la perte de biodiversité. Beaucoup moins médiatisé que d’autres sources de pollutions, l’élevage serait tout de même responsable, selon ces rapports, de 18% des émissions des gaz à effet de serre, soit d’une part plus importante que celle liée aux transports ! Autre donnée peu connue, la quantité d’animaux destinés à toute forme de consommation est en constante augmentation et constitue un péril pour la biodiversité de la Terre. Les animaux d’élevage représentent environ 20% de la biomasse animale terrestre totale et les espaces qu’ils occupent aujourd’hui étaient autrefois naturellement destinés à l’habitat de la faune sauvage. Dans près de la moitié des écorégions terrestres identifiées par le Fonds mondial pour la nature (WWF), les animaux de ferme sont considérés comme « une menace ». Diminuer la consommation globale de produits d’origine animale serait donc bénéfique sur l’environnement.

image vegan animal sac
Image Freedom of Animals

Dans le cas du cuir, qui est l’une des plus importantes matières premières d’origine animale utilisées dans l’industrie textile, le tannage traditionnel est extrêmement néfaste pour l’environnement et pour la santé des ouvriers qui le travaillent. Le cuir est effectivement traité avec de nombreux produits dangereux, notamment du chrome, un métal toxique qui détruit les écosystèmes environnants ; le monde aquatique est ainsi particulièrement endommagé si l’eau n’est pas correctement traitée à la sortie des usines.

Pour autant, la fabrication des produits véganes est-elle réellement plus respectueuse de l’environnement que celle des produits d’origine animale ? Il s’agit là d’une question très importante, dès lors que par exemple, le cuir artificiel est essentiellement créé à base de composés dérivés du pétrole. Or, la filière pétrochimique est évidement loin d’être un modèle d’éco-responsabilité et l’impact écologique d’un sac en cuir artificiel n’est finalement pas moins important que celui d’un sac en vrai cuir traditionnel, même si les raisons en sont très différentes.

Enfin, il ne faut pas non plus négliger la qualité de la matière utilisée. Les matériaux d’origine animale sont en général très résistants et sont, à l’image du cuir, prisés pour cela. Au contraire, les vêtements et accessoires fabriqués à partir de matières artificielles ne le sont pas toujours autant. Or, par définition, tout objet qui s’abime vite et se transforme alors beaucoup plus rapidement en déchet – pas toujours recyclé – n’est pas très écologique puisque l’énergie gaspillée à recréer des objets conçus pour remplacer ceux qui ont trop rapidement vécu n’est pas forcément moins importante que la pollution générée par la création, dans l’industrie traditionnelle, d’un objet plus résistant et durable.

En définitive, le véganisme ou « mode végane » n’est pas en lui-même un gage intrinsèque d’éco-responsabilité et comme dans toutes les autres filières de l’habillement, le consommateur convaincu se renseignera sur les procédés de fabrication du vêtement, afin de déterminer si les matériaux véganes utilisés pour sa fabrication sont ou non responsables. Ceci étant dit, pour bon nombre d’adeptes du véganisme, la protection de l’environnement constitue bien souvent une valeur fondatrice. La plupart des marques véganes ont ainsi le souci d’utiliser des matériaux écologiques, comme les marques Matt & Nat qui fabrique ses sacs à partir de bouteilles en plastique recyclées ou Freedom of Animals qui utilise du coton recyclé et uniquement des matières synthétiques ne nécessitant pas l’utilisation de produits chimiques dangereux.

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10 commentaires

  • Très bon article une fois de plus. Comme toujours et dans tous les domaines il faut s’informer sur ce que l’on achète. L’industrie fait des dégâts certes (et condamnons là!), mais il y a aussi des gens passionnés qui font des miracles dans tous les domaines, à nous de les trouver !

  • Merci pour cet article. Dommage que tu commences par dire du bien de la protection de la planète avant de mettre l’accent sr les mauvais côtés des vegan. L’important je pense et de toujours se rapprocher de ses objectifs plutôt que de rester en stagnation dans les habitudes déplorables que la majorités d’entre nous on. La consommation pour la consommation. En ce qui me concerne, je préfère consommer des article en tissus écologique sans cuir ni plastique. Mon sac est un sac Fantome, en chambre à air recyclé : http://www.maisonfantome.bigcartel.com/ et mon dernier achat en vêtement fut un sweat de chez Matina Martz avec du jeans recyclé : http://matinamartz.com/sweat/, car le coton est une plante très consommatrice d’eau et donc très mauvaise pour l’environnement lorsque qu’elle est sur exploitée.

    • Emilie says:

      Il était important pour moi dans cet article de parler des bons cotés comme des possibles revers du véganisme, afin que chacun puisse se faire sa propre opinion et acheter en connaissance de cause. L’article est tout de même très positif sur les vêtements et accessoires véganes. Et c’est bien le but de Dressing Responsable que d’inciter ceux qui s’interrogent sur leur consommation et sur les effets de l’industrie textile à se rapprocher petit à petit d’une consommation pus proche de leurs valeurs.

  • Kory says:

    Excellent article qui fait le point sur le véganisme, son idéologie et ses limites.

  • Emma May says:

    Excellent article, ça fait du bien de lire un texte rigoureux et assez complet sur le sujet ! POur ma part, j’habite dans le Massif Central, où l’élevage est la principale agriculture. Il y a beaucoup à critiquer sur les conditions d’élevage, même si on voit les vaches dans les prés… Pour autant, éradiquer l’élevage des zones de montagnes poseraient d’immenses problèmes écologiques. C’est pourquoi le sujet est délicat, sensible, et j’apprécie le ton que tu as employé.

    • Emilie says:

      Bonjour Emma, ravie que l’article te plaise ! En effet, je suis convaincue qu’il faut être dans la modération (pour tout) et non dans l’extrême. Oui, on gagnerait beaucoup à moins consommer de viande et de produits issus des animaux mais je suis d’accord, on ne peut pas l’éradiquer partout et d’un seul coup. Je serai d’ailleurs curieuse d’en savoir plus sur les problèmes que poseraient l’arrêt de l’élevage dans les zones de montagne, si tu as des informations.

  • Ariane says:

    C’est un article très intéressant. On ne parle pas assez du véganisme vestimentaire et de ses impacts dans la blogosphère. Comme tu l’as dit, il est vrai que certain substitut vegan sont à base de pétrole ou peu durables. Cependant, je considère que comme la demande de ce textile est plutôt récente, il faut lui laisser le temps de se perfectionner.

    • Emilie says:

      Bonjour Ariane,
      Merci. En effet, il y a fort à parier (et j’espère !) que des alternatives au polyester voient progressivement le jour. Il existe maintenant pas mal de cuirs d’origine naturelle (ananas par exemple). Il ne reste plus qu’à les démocratiser.

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